Comment lire :
Tout d’abord, je vous demanderai de lire ce texte dans les mêmes conditions que je le produis. C’est-à-dire en vous départissant le plus possible de vos croyances, idéologies, préjugés et valeurs. Je vous demanderai de lire dans un souci de bienveillance et de construction. Ensuite, j’espère que vous serez le plus critique possible, y trouverez les failles, d’essayerez de les réduire et confronterez ce texte à votre propre conception d’une société meilleure et à votre raisonnement. Enfin j’atends de vous que vous le confrontiez à vos valeurs et conceptions et exprimerez ce qui vous gêne et vous plait, tout autant que ce qui est imparfait ou inatteignable selon votre conception du réel et de l’utopique. Ceci nous servira à mesurer ensemble le chemin à parcourir pour atteindre un idéal et a déterminer de quel idéal il peut être question.
L’objet de ce texte :
L’objet de ce texte est d’établir les conditions nécessaires et suffisantes pour qu’une société humaine ne nécessite pas le recours à l’oppression pour exister. Cela ne signifie en aucune façon la suppression complète de contraintes librement consenties, la suppression de la frustration, l’égalité de contribution pour tous. L’objet en est d’étudier les conditions nécessaires pour qu’une société ne repose pas sur la contrainte exercée sur l’individu par un autre individu ou groupe.
Le texte :
Supprimer (ou réduire) l’oppression, la bannir du fonctionnement normal d’une société et ne l’utiliser comme un instrument de dernier recours. Voici l’objet de ce texte.
La règle générale par défaut d’une telle société serait donc : ne recourir à l’oppression qu’en dernier recours, que lorsqu’il est admis par le groupe qu’il n’y a aucune façon autre de faire et seulement de façon temporaire et justifiée aux yeux du groupe.
Les postulats idéologiques de ce texte :
La liberté n’est pas seulement, la liberté de ne rien faire, elle réside dans la possibilité de choisir entre ne rien faire et faire, et dans la multiplicité des choix d’actions proposés à l’individu.
L’égalité réelle, ne procède pas d’une égalité de contribution à un système, mais de la jouissance égale que l’on en tire.
Le bon fonctionnement d’un système de société ne dépend que de la conscience que l’on a, qu’il est dans notre intérêt individuel d’y contribuer.
L’Homme n’aspire pas nécessairement à avoir plus qu’un autre, mais plutôt à l’assouvissement de ses besoins et de ses envies. Les besoins étant l’expression des conditions nécessaires à sa survie, les envies découlant naturellement de ce qu’il estime nécessaire pour rendre sa vie plus agréable.
La propriété ne tient sa justification que dans le fait d’avoir l’assurance de jouir de la possession quand on en éprouve le désir.
Si l’Homme ne s’inquiète plus de la satisfaction de ses besoins, il se libère partiellement de l’oppression, en cela qu’elle procède alors d’un choix rationnel non contraint par la survie, mais de la réalisation d’envies auquel il peut ou non céder dans un processus raisonné.
Je vais commencer ce texte par une narration issue de mon expérience personnelle au sein de ma vie familiale.
J’ai deux enfants, l’une de 5 ans et l’autre de 9. Comme bon nombre de parents, nous avons entrepris de les faire participer à la vie de la communauté formée par la famille (ou le foyer).
A ce titre, il a été convenu qu’il était de leur responsabilité de mettre le couvert avant de passer à table. Cette activité n’est pas rémunérée, n’ouvre droit à aucun privilège ou aucune autre reconnaissance autre qu’un remerciement.
Ceci est justifié à nos yeux en cela qu’elle est une contribution normale à la vie du foyer et qu’elles en tirent autant bénéfice que nous puisqu’il est plus confortable de manger dans des assiettes et avec des couverts que sans…
Bref, elles peuvent le faire, réduire notre charge de travail, nous rendant ainsi plus disponible et dans de meilleures dispositions. Elles en tirent ainsi plusieurs avantages : Manger dans des conditions décentes, avec des parents moins stressés et plus disponibles puisque nous dégageons ainsi du temps libre dont nous pouvons tous bénéficier.
Chaque soir et certains midis se répète donc ce rituel. L’un des parents dit : « il faut mettre la table ! » (Remarquons ici qu’une possible utilisation de l’autorité parentale sous la forme d’un ordre pourrait être un premier recours à l’oppression de notre part que nous avons fait le choix de ne pas utiliser, enfin, quand nous sommes suffisamment en forme pour tenir notre ligne de conduite ;) ) et les deux filles expriment soit leur volonté de poursuivre leur activité « mais, j’ai pas fini de jouer », soit se défilent en prétextant un besoin « Je vais aux toilettes », soit expriment une intention de répondre positivement sans y joindre l’action « J’arrive tout de suite » ou « je vais le faire », soit encore et c’est le meilleur des cas, le font (oh, miracle, moi qui suis Athée…).
Vient donc en réaction, le plus souvent de notre part, une phrase rappel quelques minutes plus tard du genre : « On va bientôt manger, il faudrait penser à mettre la table… » qui est suivie soit d’une prise de conscience de l’urgence, soit pas.
Quoi qu’il en soit, cela pourrait conduire de notre part à une tentation supplémentaire d’utiliser l’impératif afin de remettre de l’ordre, que nenni, il ne sera pas dit que nous n’aurons pas tout fait pour faire prendre conscience de la nécessité de cette action à nos filles et au-delà, de ce qu’elles doivent participer sans quoi elles en pâtiront.
Quitte à manger froid, à ruminer notre frustration et notre désespoir devant la difficulté qu’a le message à passer, nous ne recourons pas ici, non plus au commandement.
Il arrive donc régulièrement, au moment de passer à table, que le couvert ne soit pas mis, ce qui déclenche finalement l’action en urgence et finit donc par permettre de manger (parfois froid).
Une autre chose intéressante dans le déroulement de cette action sont les revendications de la plus grande (qui a bien sûr plus conscience que la petite de sa nécessité).
Tout d’abord vis-à-vis de nous : « Mais, pourquoi vous ne mettez jamais la table vous ? »
Réponse : On fait la cuisine, la vaisselle, on débarrasse, si tu préfères faire autre chose, il n’y a pas de problème, on peut échanger…
Puis, vis-à-vis de sa sœur, et, espérant une intervention autoritaire de notre part : « Mais elle fait rien et c’est toujours moi qui fait tout »
Réponse : Organisez-vous, ce n’est pas notre problème, vous êtes en capacité d’effectuer cette tâche, ce qui compte c’est que le couvert soit mis. Ici s’exprime une pression de notre part qui n’est qu’une oppression dissimulée sous l’exigence de résultat, et dont le but est qu’elles s’organisent et trouvent un équilibre, un découpage des tâches qui les satisfait toutes les deux dans la négociation (entendu que la grande, à l’interdiction d’utiliser l’ordre afin que la tâche soit effectuée et sa frustration amoindrie).
Elles ont donc organisé la division de la tâche en fonction des capacités de chacune à attraper les différentes choses et de leur vitesse d’exécution respective.
Maintenant que ce processus est en partie, bien que de façon imparfaite, assimilé, nous travaillons à nous dispenser de prononcer la phrase « Il faut mettre la table ».
Donc à la prise de conscience qu’une réflexion sur ce qui doit être fait est possible, qu’une initiative et une planification est envisageable et qu’elle serait bénéfique en cela qu’elle contribuerait à la réduction des conflits et permettrait de concilier activités personnelles et contribution nécessaire au bon fonctionnement de la chose commune.
De cette simple expérience, je tire, à titre personnel, qu’afin de rendre inutile l’oppression, il est nécessaire de diagnostiquer les problèmes, de les porter à la connaissance de tous, de les prioriser, de les planifier, que ceux qui peuvent s’en charger le fasse, s’organisent entre eux pour ce faire, et que chacun discerne clairement les bénéfices personnels qu’il peut tirer d’une action collective (ou de l’inconvénient découlant de ce qu’elle n’est pas faite).
Cette première réflexion n’est pourtant pas suffisante. Imaginons ainsi qu’aucune assiette ne soit propre…. Il existe 3 moyens de régler le problème : En fabriquer ou en acheter d’autres, faire appel à quelqu’un qui puisse les laver, ou encore apprendre à les laver si personne n’est disponible pour le faire….
Cela peut paraître banal, mais les applications et la transposition au fonctionnement de la société telle que je l’imagine sont loin elles de l’être.
J’imagine donc, une société où chacun pourrait porter à la connaissance de tous, ses besoins et envies, où chacun pourrait individuellement décider, d’apporter sa contribution à tel ou tel projet, où chacun serait assuré, de voir satisfaire ses besoins élémentaires par la société en terme d’accès à la nourriture, à l’eau, à l’énergie, au logement, à la communication… (Au travers pourquoi pas de services publics dont le bon fonctionnement doivent évidemment être la priorité principale), où aucun acte individuel de contribution, qu’il soit, par l’investissement en temps, en compétence, en mise à disposition de denrée…, ne soit faite dans l’attente d’une réciprocité émanent directement du bénéficiaire, mais ce fasse au travers du système sociétal dans son ensemble. Une société où l’on n’utilise l’oppression qu’en dernier recours en réponse à un défaut d’adéquation entre les besoins collectifs et les prises de consciences et actions individuelles.
Comment mettre cela en pratique ?
Il existe plusieurs pistes possibles, y compris celles dont je n’ai pas conscience…
Il est possible localement d’ouvrir des lieux dédiés d’échanges permettant de jouer ce rôle. D’autre part, nous pouvons au-delà du local utiliser pour ce faire les immenses possibilités de communication et d’échanges mis à notre disposition par internet (en utilisant des sites et forums identifiés et dédiés à cela). Bref, une telle société me semble tout à fait à notre portée. Vous remarquerez qu’elle implique une autre base que celle de l’échange et au-delà de la disparition de l’argent, elle n’implique pas un retour au troc, mais bien une société du don qui ne serait possible que parce que chacun à conscience que le don qu’il fait lui bénéficiera de par le fait que d’autres feront des dons similaires.
Enfin, la volonté de ne pas recourir à l’oppression, n’implique pas qu’en dernier recours, elle ne soit pas nécessaire et il me semble possible d’y recourir. Quelle devrait être les formes que devrait prendre cette oppression si elle s’avère nécessaire ? Je pense pour ma part à des assemblées locales (et éventuellement moins locales mais toujours en rapport avec le niveau où se pose le problème) en charge de soulever les problèmes subsistants et n’ayant pas trouvé de résolution par l’engagement individuel et librement choisi. Je vous renvoie pour les détails aux articles que j’ai pu commettre concernant la Démocratie (http://quelle-societe-pour-demain.over-blog.org/categorie-12131237.html). Etant bien entendu que ce recours ne devra être qu’une mesure d’exception et répondre à une exigence d’urgence qui se devra d’être motivée et argumentée.
Ainsi, on peut imaginer le fonctionnement suivant :
J’ai une fuite dans ma toiture
1 J’ai les compétences et capacités pour réparer : Je vais en recherche des matériaux et je répare.
2 Je connais des personnes qui peuvent le faire : Je leur demande de m’aider à réparer.
3 J’y connaît rien et je ne connais personne : Je me renseigne, si personne ne connaît personne, je passe une annonce à l’assemblée locale et ou sur le net pour répondre à mon besoin.
3.1 Quelqu’un se déclare en charge du problème, se déplace pour voir de quoi il retourne, règle le problème ou déclare un degré d’urgence de l’intervention et intervient lui-même ou fait effectuer la réparation dans le temps diagnostiqué.
3.2 Si personne ne se déclare en charge du problème, l’assemblée du village ou du quartier demande l’intervention d’un professionnel en fonction de l’urgence estimée, du « coût » collectif en énergie et ou dû a une possible dégradation du bâtiment.
Réfléchissez bien au fonctionnement possible d’une telle société, à ce que pourrait être sa réponse aux différents problèmes, aux outils de prévision dont elle pourrait se doter en terme de prévision statistique des besoins, ressources et échanges avec les autres sociétés.
Textes en référence ou en complément :
http://aaacitoyens.forumgratuit.fr/t30-quest-ce-que-la-democratie
http://aaacitoyens.forumgratuit.fr/t34-pourquoi-comment-cette-communaute
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